Mobilité (in)sensible au genre dans la Ville de Luxembourg

Luxembourg, le 15 mars 2026

Madame la Bourgmestre,

Comme le montre un article récent du SPIEGEL (« Frauenfeindliche Leihsysteme – Sharing ohne Caring ») consacré aux systèmes de mobilité partagée, ces dispositifs sont en pratique largement pensés selon un « usager standard masculin », ce qui limite leur appropriation par les femmes.

Les femmes utilisent nettement moins les offres de partage : en Allemagne, leur part est inférieure à 30 % pour les vélos en libre-service, et encore plus basse pour le carsharing, malgré le rôle clé de ces services dans la transition écologique.

Selon la chercheuse en mobilité Ines Kawgan-Kagan, les véhicules sont souvent conçus pour un utilisateur « plus grand et plus fort » : guidons trop larges ou hauts, leviers de frein difficiles à atteindre et poids élevés.

Les contraintes liées aux tâches domestiques et de care restent insuffisamment prises en compte dans la mobilité. Elles impliquent souvent des trajets multiples et sont assumés environ deux fois plus par les femmes selon les données disponibles au Luxembourg. Ainsi, on observe notamment l’absence de sièges enfants ou un manque de véhicules familiers dans les offres de carsharing.

Enfin, l’emplacement des stations et véhicules dans des espaces perçus comme peu sûrs (zones mal éclairées, peu visibles) constitue un frein supplémentaire, soulignant le rôle des communes dans la planification de l’espace public.

Je souhaite, conformément à la loi communale et au règlement d’ordre intérieur du Conseil communal, soumettre des questions concernant la mobilité (in)sensible au genre dans la Ville de Luxembourg.

  • Quelle est la répartition par genre des utilisateurs et utilisatrices des offres de mobilité partagée de la Ville de Luxembourg — notamment Flex ou Carloh et vel’OH! — et quelles tendances peut-on observer ces dernières années pour chacun de ces services ?
  • Quelles mesures le Collège échevinal met-il en place afin de rendre les offres de mobilité partagée plus sensibles au genre et, dans ce contexte, le Collège échevinal entend-il engager un dialogue avec l’opérateur Flex concernant l’absence de rehausseurs pour enfants dans ses véhicules, contrairement au service Carloh ?

Le Plan de mobilité 2024 de la Ville de Luxembourg ne comporte pas, à ce stade, de volet explicite relatif à la mobilité sensible au genre.

  • Le Collège échevinal partage-t-il l’analyse selon laquelle cette dimension devrait être intégrée de manière transversale dans la politique de mobilité communale ?
  • Le cas échéant : comment le Collège échevinal envisage-t-il d’intégrer cette dimension (étude spécifique, indicateurs, participation citoyenne, projets pilotes, etc.) ?
  • Endéans quel délai une telle démarche pourrait-elle être lancée et présentée au Conseil communal ?

Je vous remercie par avance pour vos réponses.

Veuillez agréer, Madame la Bourgmestre, l’expression de ma considération distinguée.

François BENOY
Conseiller communal déi gréng Stad